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« Ce gouvernement a fait de moi un artiste clandestin ! »

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Scandalisé par les conditions du reconfinement qui le privent de ses élèves et de cimaises, un artiste plasticien de la région de Nancy a décidé « d’entrer en résistance » en continuant à dispenser ses cours et même en montant une discrète exposition itinérante. « Avec du bon sens !

 

Avant mars dernier, Fabrice (nom d’emprunt) exposait entre trois et quatre fois par mois à titre de plasticien. Associée aux cours qu’il dispense, cette visibilité lui offrait un équilibre économique, « qui me garantissait mon indépendance. »

Passe un premier confinement. « Et tout s’arrête pour moi. » Suivi d’un déconfinement, dont l’artiste, œuvrant dans la région nancéienne, s’est saisi à bras le corps. « J’ai toujours limité mes cours à 6 personnes, pour des raisons de qualité de transmission. D’un point de vue sanitaire, j’étais donc parfaitement dans les clous. Un espace de 70 m2, plus sas de désinfection = aucun risque ! »

Simultanément se préparait une grosse exposition programmée cet automne à laquelle Fabrice œuvrait depuis deux ans. « La 1ère depuis huit mois. Le bonheur ! » Jusqu’à fin octobre, et l’annonce… d’un reconfinement qui l’écarte à nouveau des cimaises. Fabrice est atterré.

« En 24h, à moi comme à tous les autres indépendants, restaurateurs, commerçants, etc., on nous dit : les mecs, vous avec 24 heures pour fermer et débrouillez-vous ! Mais là, ce sont des morts économiques qu’on fabrique ! Et par centaines de milliers ! Tout ça pour moi, ça relève ni plus ni moins que de la bouffée délirante. »

Le coup a porté, mais n’a pas achevé le plasticien. Car peu de temps après, il se lançait dans ce qu’il appelle un acte de résistance « à la politique de ces ânes ». Non seulement en maintenant ses cours, mais qui plus est en montant une exposition itinérante. Clandestine, forcément. « Un acte solidaire, social ET raisonnable. » Car le bon sens, assure-t-il, ne lui est pas étranger.

Inutile ? Vraiment ?

« Loin de là ! Les gens qui assistent à mes cours, même sous confinement, ne sont pas des tarés ! », se récrie d’avance Fabrice. « Moi, transmettre un geste artistique via zoom ou Skype, j’en suis incapable. Un cours, c’est un lieu de vie, de dialogue, de lien social. Vital en temps de crise. Pour sauver cette notion d’humanité, il faut se connecter doucement à l’autre. Je ne suis pas un sauveur, juste quelqu’un qui se veut du bien, en en prodiguant aux autres. »

Et c’est la même logique qui préside à l’organisation inédite de son expo itinérante. Laquelle l’a déjà mené à Strasbourg aussi bien qu’à Paris. « Une expo physique, oui. Parce que la diffusion numérique ne sert à rien. Mais avec un ou deux visiteurs à chaque fois, grand max. Vous voyez qu’on ne risque pas de tomber malade à cause de ça ! » Le bouche à oreille se chargeant de nouer discrètement les contacts.

« Ce gouvernement a fait de moi un artiste clandestin. Il ne m’a pas encore dit que j’étais dangereux, mais me désigne comme inutile. Or un artiste n’est pas là que pour peindre des poires. Encore faut-il qu’il les montre, ses poires ! Et pas seulement pour faire du business. Un artiste, à un moment donné, il a une fonction sociale. Il doit s’engager. » Ce qui induit, aussi, de s’exposer.

 

Source :
Éd. Est Républicain Nancy, Lysiane Ganousse, 18 nov. 2020 à 06:30 :
https://www.estrepublicain.fr/culture-loisirs/2020/11/18/ce-gouvernement-a-fait-de-moi-un-artiste-clandestin