Guillotine : 1789, 2005, 2018 — une même question démocratique ?
De la Révolution française aux Gilets jaunes, une réflexion artistique sur la souveraineté populaire…
1789 : une promesse d’égalité
La Révolution française constitue un point de départ essentiel de ma réflexion. La guillotine est souvent réduite à l’image d’une machine de mort. Je la regarde aussi comme le symbole d’une volonté d’appliquer la loi de manière identique, quel que soit le rang social. Cette promesse d’égalité devant la loi reste pour moi fondamentale.
Mais la Révolution pose également une question qui n’est jamais définitivement réglée : où se situe réellement le pouvoir lorsque la souveraineté appartient au peuple ?
2005 : lorsque le peuple dit non
Le 29 mai 2005, une majorité de Français rejette par référendum le traité établissant une Constitution pour l’Europe. Je ne considère pas ce vote comme une simple erreur de jugement d’une population qui aurait mal compris les enjeux. J’y vois l’expression d’une volonté populaire et d’une méfiance envers une construction politique et économique qui semblait éloigner certaines décisions du peuple.
Ce moment m’intéresse parce qu’il rappelle que la démocratie ne consiste pas seulement à voter périodiquement. Elle suppose aussi que la parole du peuple puisse réellement modifier une trajectoire politique.
2018 : une autre réapparition de la question populaire
Les Gilets jaunes font apparaître une nouvelle crise de représentation. Le mouvement est multiple, parfois contradictoire, et je ne cherche pas à en donner une lecture unique. Mais j’y reconnais une revendication profondément démocratique : être entendu, participer aux décisions et retrouver une forme de souveraineté sur les choix qui organisent la vie collective.
Je vois donc 1789, 2005 et 2018 non comme trois événements identiques, mais comme trois moments qui permettent de poser une même question : comment un peuple continue-t-il d’exister politiquement ?
Cette question m’amène également à regarder nos catégories politiques avec distance. La séparation entre gauche et droite continue d’organiser notre imaginaire politique alors que le roi, autour duquel cette distinction s’est historiquement construite, n’existe plus. Nos divisions peuvent être nécessaires au débat démocratique, mais elles peuvent aussi devenir des cadres qui empêchent d’imaginer autre chose.
Nous vivons par ailleurs dans un monde devenu extrêmement complexe. Nous savons aujourd’hui combien nos raisonnements sont traversés par des biais cognitifs et combien nos connaissances sont partielles. Cette fragilité devrait peut-être nous conduire à davantage de débat, de confrontation et de délibération plutôt qu’à la recherche permanente d’experts capables de nous indiquer le « bon » chemin.
C’est aussi dans cette perspective que j’interroge aujourd’hui l’intelligence artificielle. Elle peut accélérer notre pensée, mais aussi nous conduire à déléguer une partie de l’effort qui permet justement à cette pensée de se construire. Une machine peut appliquer une règle avec une efficacité remarquable. Elle ne répond pas pour autant à la question essentielle : qui a choisi cette règle, et dans quel but ?
Conclusion :
Je ne cherche pas, avec Guillotine, à proposer une solution politique. Je cherche à créer un espace où nous pouvons regarder ensemble ce qui nous sépare, discuter, nous contredire et peut-être retrouver quelque chose de commun.
Je ne souhaite pas être neutre. Je souhaite en revanche que mon travail puisse être regardé par des personnes qui ne pensent pas comme moi.
Car la question qui demeure est peut-être la plus simple :
Comment des êtres humains peuvent-ils fabriquer du sens ensemble malgré leurs différences et les rapports de pouvoir qui les traversent ?
Photos réalisées par Marie-Claire Hazaël Massieux dans le cadre de l’exposition OAA de juin 2026