Pourquoi « Guillotine » ?
Il y a des mots qui semblent appartenir au passé. On les croit rangés dans les livres d’histoire. Puis un jour, ils reviennent.
Guillotine est de ceux-là.
Lorsque j’ai commencé cette œuvre, je ne cherchais ni à illustrer un événement historique, ni à provoquer gratuitement. Je cherchais à comprendre pourquoi ce mot continuait de produire une telle tension. Pourquoi il provoquait encore un malaise avant même que l’on prenne le temps d’en discuter.
J’ai alors décidé de ne pas représenter la machine.
J’ai simplement peint le mot.
Mais un mot n’est jamais neutre. Il transporte des souvenirs, des peurs, des récits, des désaccords. Chacun y projette quelque chose de différent. C’est précisément cet espace de projection qui m’intéresse.
La typographie est construite à partir de recherches personnelles autour de la géométrie impossible. Les lettres semblent tenir ensemble tout en défiant leur propre équilibre. Elles sont ensuite envahies par un réseau de rhizomes noirs, inspirés autant par le végétal que par certaines écritures extrêmes où la lisibilité n’est plus une évidence mais une expérience.
Le rose, lui, déplace la lecture. Il refuse l’imaginaire attendu du sang. Il crée une ambiguïté. Il attire le regard avant de laisser apparaître la violence contenue dans le mot.
Cette peinture a donné naissance à une performance intitulée Partage d’une sentence.
Pendant cette action, je distribue au public des lettres en sucre. Une personne reçoit un « G », une autre un « U », une autre un « I »… Peu à peu, le mot se recompose entre les mains des visiteurs. Personne ne possède le mot entier. Chacun n’en emporte qu’un fragment.
Ce qui m’intéresse n’est pas d’apporter une réponse politique. C’est de construire une situation où une œuvre devient un prétexte pour parler, écouter, contredire, hésiter. À une époque où une grande partie de nos échanges passent par des écrans et des réactions immédiates, l’exposition redevient pour moi un espace de délibération.
Comment regardons-nous une image lorsque nous savons qu’elle nous dérange ?
Comment fabriquons-nous du sens avec quelqu’un qui ne pense pas comme nous ?
Et finalement, comment des êtres humains fabriquent-ils du sens ensemble malgré leurs différences et les rapports de pouvoir qui les traversent ?
Ces questions sont le véritable sujet de cette œuvre.
La peinture n’y répond pas.
Elle les rend simplement impossibles à éviter.
Photos réalisées par Marie-Claire Hazaël Massieux dans le cadre de l’exposition OAA de juin 2026